C'est la question qui tombe à chaque fin de partie, souvent avant même que les pions soient rangés : « bon, ça fait combien, là ? ». Entre la partie simple, le gammon, le backgammon et le videau qui multiplie le tout, le compte n'a rien d'évident la première fois. Et pour ne rien arranger, les joueurs parlent aussi de « compter » pour tout autre chose : le pip count, la distance qui reste à parcourir.
On reprend tout dans l'ordre, avec des exemples tirés de vraies fins de partie : ce que vaut une victoire, comment le videau change la note, comment tenir le score d'un match sans s'embrouiller, puis comment calculer un pip count vite et bien.
Les trois façons de gagner une partie
Le premier joueur qui sort ses quinze pions gagne. Ce que rapporte sa victoire dépend de la situation de son adversaire au même moment.
|
Type de victoire |
Situation du perdant |
Points |
|---|---|---|
|
Partie simple |
Il a déjà sorti au moins un pion |
1 |
|
Gammon |
Il n'a sorti aucun pion |
2 |
|
Backgammon |
Il n'a sorti aucun pion et il lui reste un pion sur la barre ou dans le jan intérieur du gagnant |
3 |
Le nom du jeu vient d'ailleurs de cette victoire triple, la plus humiliante pour le perdant. La logique est simple : plus l'adversaire est en retard au moment où vous finissez, plus votre victoire compte.
D'où viennent ces trois valeurs ?
Le décompte n'a pas toujours été celui-ci. Dans les premières règles anglaises du XVIIe siècle, une partie se gagnait double si le coup final était un double, ou si l'adversaire avait encore des pions hors de son jan intérieur. Elle se gagnait triple, et c'était déjà un back-gammon, si l'on sortait tous ses pions avant que l'adversaire en ait rentré un seul chez lui.
Au plus tard vers 1850, les règles se fixent telles que nous les jouons aujourd'hui : le gammon récompense une victoire avant toute sortie adverse, le backgammon une victoire face à un adversaire resté coincé dans votre camp. Le nom lui-même viendrait de l'anglais back, « arrière », et de gamen, « jeu » en moyen anglais. Sa première mention écrite connue date de 1647.
Trois fins de partie pour fixer les idées
Vous sortez votre dernier pion. Votre adversaire en a déjà sorti trois : c'est une partie simple, 1 point.
Même situation, mais votre adversaire n'a encore rien sorti, et ses quinze pions sont tous rentrés dans son jan intérieur. C'est un gammon, 2 points. Il lui aurait suffi d'un seul pion sorti pour limiter la casse à 1 point.
Dernier cas : votre adversaire n'a rien sorti, et l'un de ses pions est encore coincé dans votre jan intérieur, ou sur la barre. C'est un backgammon, 3 points. Cela arrive surtout après une longue attaque où l'adversaire est resté enfermé derrière vos pions.
Le videau multiplie tout
Si le videau a été utilisé pendant la partie, la valeur de la victoire se multiplie par le chiffre affiché sur le videau.
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Videau |
Partie simple |
Gammon |
Backgammon |
|---|---|---|---|
|
Centré (1) |
1 |
2 |
3 |
|
2 |
2 |
4 |
6 |
|
4 |
4 |
8 |
12 |
|
8 |
8 |
16 |
24 |
Un double refusé se compte à part : celui qui refuse perd immédiatement la valeur de la partie avant le double. Refuser un premier double coûte donc 1 point, refuser un redouble à 4 coûte 2 points. Le fonctionnement complet, et les bons moments pour doubler ou accepter, sont détaillés dans notre guide du videau.
Partie libre ou match : deux façons de tenir le score
En partie libre, chaque partie se joue pour elle-même et l'on additionne les points au fil de la soirée. C'est la formule la plus courante entre amis : on joue autant de parties qu'on veut, et on fait les comptes à la fin.
En match, on fixe à l'avance un nombre de points à atteindre, souvent 5, 7 ou 11, et le premier qui l'atteint ou le dépasse gagne. C'est le format de tous les tournois. Dans les tournois du circuit français organisés avec la Fédération Française de Backgammon, les rondes de qualification se jouent souvent en 7 points. Au Championnat de France live d'octobre 2026, les rondes se jouaient en 9 points, puis la phase finale en 11 points.
En match, une règle encadre la fin de partie : dès qu'un joueur arrive à un point de la victoire, la partie suivante se joue sans videau. C'est la règle de Crawford, celle qui a donné son nom à notre maison, et nous lui consacrons un article complet.
La règle Jacoby, une exception de la partie libre
En partie libre, beaucoup de joueurs appliquent la règle Jacoby : les gammons et les backgammons ne comptent que si le videau a été proposé et accepté pendant la partie. Sans double, toute victoire vaut 1 point.
Cette règle pousse le joueur qui domine à doubler plutôt qu'à jouer lentement la partie en espérant un gammon. Elle ne s'applique jamais en match, et elle doit être annoncée avant de commencer, comme toutes les conventions.
Tenir une feuille de score sans s'embrouiller
Une simple feuille avec deux colonnes suffit. Pour chaque partie, notez le gagnant, le type de victoire et la valeur du videau, puis le total cumulé de chacun. En match, ajoutez un « C » dans la marge le jour où la partie Crawford est jouée.
Voici un match en 5 points tel qu'on peut le noter, partie après partie.
|
Partie |
Ce qui s'est passé |
Score A |
Score B |
|---|---|---|---|
|
1 |
A gagne une partie simple |
1 |
0 |
|
2 |
B gagne un gammon |
1 |
2 |
|
3 |
A double, B accepte, A gagne simple |
3 |
2 |
|
4 |
B gagne une partie simple |
3 |
3 |
|
5 |
A gagne une partie simple, il est à un point |
4 |
3 |
|
6 (C) |
Partie Crawford sans videau, B gagne un gammon |
4 |
5 |
B remporte le match 5 à 4, sur un gammon joué pendant la partie Crawford. Ce genre de scénario rappelle que les gammons comptent toujours pendant cette partie, même quand le videau est interdit.
Le pip count, l'autre compte du backgammon
Quand un joueur dit « je compte », il parle souvent de tout autre chose : le pip count. C'est la distance totale que vos quinze pions doivent encore parcourir pour sortir du plateau.
Pour l'obtenir, on multiplie le numéro de chaque flèche par le nombre de vos pions qui s'y trouvent, puis on additionne. Au départ, chaque joueur a 2 pions sur la 24, 5 sur la 13, 3 sur la 8 et 5 sur la 6, soit 48 + 65 + 24 + 30 = 167. Les deux camps commencent donc à égalité.
Un pion sur la barre compte 25 pips, puisqu'il doit d'abord rentrer chez l'adversaire avant de refaire tout le chemin.
À quoi sert ce chiffre ? À savoir qui mène la course. Celui qui a le pip count le plus bas est en avance, et toute la stratégie en découle : quand on mène, on cherche à rompre le contact et à courir ; quand on est derrière, on cherche le contact et les frappes. C'est aussi lui qui décide du videau dans les fins de course.
Comment calculer son pip count rapidement
La méthode de base marche toujours, mais elle est lente. Prenons un jan intérieur classique en fin de partie : 3 pions sur la 6, 3 sur la 5, 2 sur la 4, 2 sur la 3, 3 sur la 2 et 2 sur la 1. On obtient 18 + 15 + 8 + 6 + 6 + 2, soit 55 pips.
Pour aller plus vite, comptez par groupes faciles. Trois pions sur la 6, c'est 18 ; cinq pions sur la 6, c'est 30 ; un pion sur la 13 et un sur la 7, c'est 20. Avec l'habitude, on reconnaît ces blocs d'un coup d'œil.
La méthode préférée des joueurs de tournoi consiste à ne compter que les différences. Plutôt que de calculer deux totaux complets, on compare les deux positions et on ignore tout ce qui se compense. Si vous avez trois pions sur votre 6 et votre adversaire trois pions sur sa 6, ils s'annulent : inutile de les compter. Il ne reste que les écarts, beaucoup plus rapides à additionner.
Exemple. Vous avez 3 pions sur la 6, 2 sur la 5, 3 sur la 4, 4 sur la 3 et 3 sur la 2. Votre adversaire a 3 pions sur chacune de ses flèches 6, 5, 4, 3 et 2. Les 6, les 4 et les 2 se compensent. Sur la 5, il a un pion de plus que vous, soit 5 pips de plus. Sur la 3, vous avez un pion de plus que lui, soit 3 pips de plus pour vous. Bilan : il a 2 pips de plus à parcourir, vous menez de 2. Le calcul complet donne bien 58 contre 60, mais vous l'avez obtenu sans additionner les totaux.
Un conseil pour progresser : comptez systématiquement au moment où le contact se rompt. C'est là que le pip count devient décisif, et c'est là que l'habitude se prend le mieux.
Combien de lancers pour finir une course ?
Un lancer de dés rapporte en moyenne 8,17 pips, en tenant compte des doubles qui se jouent quatre fois. Divisez votre pip count par 8 et vous aurez une estimation honnête du nombre de lancers qu'il vous reste, avant gaspillage.
Le gaspillage, justement, allonge toujours un peu la réalité. Dans nos simulations, un jan intérieur de 57 pips bien réparti demande en moyenne un peu plus de 8 lancers pour être vidé, contre 7 annoncés par la simple division. Les pions entassés sur les petites flèches coûtent cher en fin de partie, comme on l'explique dans notre article sur la sortie des pions.
Les erreurs de compte qu'on voit le plus
Oublier le videau. On compte un gammon à 2 points alors que le videau était sur 4 : la partie valait 8. Gardez toujours le videau face visible, du côté de son propriétaire.
Compter un gammon de trop. Si le perdant a sorti ne serait-ce qu'un pion avant la fin, c'est une partie simple. D'où l'intérêt de ranger les pions sortis bien en vue.
Se tromper sur le backgammon. Il faut un pion du perdant sur la barre ou dans le jan intérieur du gagnant. Un pion resté dans le jan extérieur du gagnant ne suffit pas : c'est un gammon.
Appliquer la règle Jacoby en match. Elle ne concerne que la partie libre. En match, les gammons comptent toujours, videau tourné ou non.
Compter le pip count de travers. On oublie le pion sur la barre, qui vaut 25, ou on compte une flèche du point de vue de l'adversaire. Dans le doute, recomptez avec la méthode des différences.
Le bon matériel aide à bien compter
Un plateau lisible, des pions qui s'empilent proprement et un videau bien visible évitent la plupart des contestations de fin de partie. Sur nos coffrets Crawford, le videau en cristal se pose sur la barre et se lit depuis les deux côtés de la table. Voir nos huit coloris.
Questions fréquentes
C'est quoi un gammon au backgammon ?
C'est une victoire obtenue alors que l'adversaire n'a encore sorti aucun pion. Elle vaut 2 points, multipliés par la valeur du videau.
Quelle différence entre un gammon et un backgammon ?
Le backgammon ajoute une condition : en plus de n'avoir sorti aucun pion, le perdant a encore un pion sur la barre ou dans le jan intérieur du gagnant. Il vaut 3 points.
Combien vaut un gammon avec le videau sur 4 ?
8 points : les 2 points du gammon multipliés par 4.
La règle Jacoby s'applique-t-elle aussi aux backgammons ?
Oui. Sans double accepté pendant la partie, un backgammon ne vaut qu'1 point, comme un gammon. Dès que le videau a été tourné, il retrouve sa valeur triple, multipliée par le videau.
Comment savoir qui mène la course ?
Celui dont le pip count est le plus bas est en avance. Comparez les deux totaux ou, plus vite, seulement les écarts entre les deux positions.
Quel est le pip count au début de la partie ?
167 pour chaque joueur.
Combien compte un pion sur la barre dans le pip count ?
25 pips, puisqu'il doit rentrer chez l'adversaire avant de refaire tout le parcours.
En combien de points se joue un match de backgammon ?
Le nombre est fixé à l'avance. Entre amis, 5 ou 7 points ; en tournoi, souvent 7, 9 ou 11 points selon la phase.



















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